Stéphanie St-Amant

Docteure en sémiologie, épistémologue de la médecine gynéco-obstétricale, Stéphanie St-Amant œuvre dans le domaine de la périnatalité depuis 20 ans. Chercheuse postdoctorale, elle poursuivait ses travaux à l’Institut de recherche médicale Lady Davis de l’Université McGill. Administratrice de groupes communautaires et d’associations à caractère politique à l’échelle régionale, provinciale et internationale, animatrice de réseaux d’information et débats sur internet, membre de comités scientifiques, sa connaissance poussée tant des pratiques que de la recherche médicale ainsi que des services dispensés au Québec, au Canada et à l’étranger lui procure une perspective étendue des controverses et grands enjeux actuels entourant la naissance et la santé des femmes. Elle a participé étroitement au mouvement de légalisation de la pratique sage-femme et de professionnalisation du métier d’accompagnante au Québec et a codirigé le recueil Au cœur de la naissance (Remue-ménage, 2004). Sa thèse de doctorat (Déconstruire l’accouchement, 2013) connaît un retentissement notoire ; elle en a tiré la formation Histoire critique des pratiques obstétricales et rationalité destinée à tout.e professionnel.le œuvrant dans un domaine associé aux soins maternels et néonatals.

En 2016, elle fut la première récipiendaire du Prix Hélène-Vadeboncoeur récompensant son travail de chercheuse et de militante pour l’humanisation des naissances et pour la défense des droits de la personne en matière de reproduction et périnatalité.  


Conférence : Déconstruire le paradigme obstétrical. Revendiquer une science sage-femme authentique

Fabriqué au 18e siècle, le paradigme obstétrical a servi à légitimer l’apparition des accoucheurs dans le monde de la naissance en imposant un nouveau « savoir ». Articulée sur une logique binaire, l’obstétrique allait s’instituer comme science du critère de départage entre le natural et le preternatural (ou le « normal » vs l’« anormal »). La conférence propose de voir comment cette prétention à la détention d’un critère de départage est invalide et inadéquate pour la connaissance en matière d’enfantement ; bien qu’on s’y réfère comme l’unique modèle de connaissance accepté. Assujettie aux codes et aux preuves associés au paradigme obstétrical, la pratique sage-femme est vouée à une impasse. Un autre paradigme scientifique existe, en cohérence avec les valeurs fondamentales et l’art traditionnel de la sage-femme ; qui plus est, le corpus de connaissances qui en découle ne cesse de croître. Une réflexion s’impose quant au paradigme à privilégier pour fonder et faire valoir l’expertise sage-femme.

 

Mettre en oeuvre une science sage-femme authentique : dans sa pratique, sa réflexion, sa conduite

On définit d’ordinaire le champ d’expertise de la sage-femme comme étant « l’experte de la grossesse et de l’accouchement “normal” ». Or, le « normal » en matière d’accouchement, de grossesse, de maternité… n’existe tout simplement pas, et on verra de façon concrète pourquoi et comment cela se fait-il. Personne n’a donc intérêt à revendiquer de détenir la science et l’expertise en matière de « rien », n’est-ce pas…! Historiquement, le concept binaire et dichotomique de normalité vs anormalité (pathologie) a été inventé par les obstétriciens pour fonder et définir leur nouvelle science, afin de la distinguer de celle des sages-femmes, justifier leur apparition dans la sphère de la naissance et leurs pratiques, et, ultimement, évincer, éradiquer les sages-femmes de leur propre terrain. Un savoir authentiquement sage-femme ne peut pas s’arrimer aux paradigmes et protocoles de l’obstétrique-gynécologie. Il est nécessaire, impératif, urgent de rompre avec l’idée de normalité au profit du concept – essentiel, multidimensionnel – de physiologie, centré sur l’expérience humaine, l’idée d’un continuum, le long terme, une vision holistique de la santé, les valeurs, le sens et les liens. Cet atelier vise à trouver des outils et façons d’être, de penser et de faire pour mettre en œuvre une « maïeutique authentique » dans le quotidien périnatal de chacun.e d’entre nous, dans tous nos rapports avec l’univers de la naissance, en fait, peu importe qui nous sommes : professionnel.les de la santé, accompagnant.es (dans toutes les possibilités du terme), femmes, hommes, personnes, “simples” parents et êtres humains engagé.es.